Xavier QUIJAS YXAYOTL : Les Perles du Mexique

82 vues
Print Friendly, PDF & Email

Xavier QUIJAS YXAYOTL

Les Perles du Mexique

 

Les musiques traditionnelles des peuples amérindiens ont été interdites voilà plus de 300 ans en Amérique du Sud, tout comme de nombreuses traditions musicales jugées dangereuses et sataniques parce qu’elles provoquaient la transe.

Xavier QUIJAS YXAYOTL, fait partie de ces artistes (tels Jorge REYES, encore malheureusement trop méconnu du grand public) qui ont su retrouver une trace des instruments anciens, les fabriquer et restituer cette musique qui a bien failli disparaître au profit du folklore “à l’occidentale”. Descendant des Indiens Huichole du Mexique, Xavier QUIJAS YXAYOTL a commencé par étudier les instruments dans les musées afin de les fabriquer et d’en jouer. Il vit maintenant en Californie où il a monté un groupe traditionnel, AMERICA INDIGENA, dont il est le directeur artistique, et qui donne des spectacles de tradition précolombienne mêlant danses et musiques.

xavier-quijas-yxayotl-American-Indigena

AMERICA INDIGENA a enregistré trois albums autoproduits et distribués par Drumbeat Indian Arts : Fuertes Ancestros (Forts ancêtres), Codex et Pearl Moon. Ce dernier album, enregistré en 1999 sous le nom de son fondateur, a obtenu en 2000 le “Native American Music Award” du meilleur enregistrement de musique latine.

Le groupe AMERICA INDIGENA est actuellement composé des flûtistes et percussionnistes Xavier QUIJAS YXAYOTL, Guillermo MARTINEZ, Jaime ALAYA, Juan ALAYA et Michael BISSONNETTE, et présente sur Pearl Moon de nombreuses flûtes et percussions des civilisations anciennes d’Amérique du Sud (Mayas, Aztèques, Huicholes, Yaquis…).

Il est dommage que ce disque n’ait pas bénéficié de moyens qui auraient pu permettre au groupe de présenter des photos des musiciens et des instruments. On peut néanmoins citer parmi les instruments le huchuelt (grand tambour aztèque) et différents types de tambours tels les mayan tunkul, kayums, mayan turtle, bubaleks (tambour d’eau maya), des crécelles (chicahuastli, tenabaris, ayacaxtli), percussions de carapaces de tortues, et des flûtes (tlapitzalli, flûtes de terre mayas et aztèques dont l’une est paraît-il enflammée lors des concerts, ocarinas, whistles, et l’inquiétante flûte de la mort…).

Pour ce qui est du son et de l’ambiance, il n’y a rien à redire, car il s’agit d’un enregistrement brut qui n’a pas subi les lissages des grosses productions. L’émotion reste donc intacte et on a l’impression d’être projetés plusieurs siècles en arrière et d’assister à une véritable cérémonie. Rituels tribaux, chants et invocations inquiétants, airs plus festifs chargés de percussions se succèdent ainsi qu’un poème en anglais en deux parties, écrit par Art TAFOYA (qui a assuré la production du disque) et lu par Maggie GUINDI, elle-même accompagnée par les flûtes, puis par les percussions.

xavier-quijas-yxayotlLa présence de nombreuses percussions et l’aspect tribal des morceaux interdit le classement de Pearl Moon dans les bacs new-age des disquaires. En effet, AMERICA INDIGENA se rapproche par moments de certaines productions plus ethno-ambiant de Jorge REYES, tel Tonami, El Costumbre, Rituals et The Flayed God. Le projet n’est pas d’enregistrer une cérémonie mais de créer des compositions dans l’esprit des traditionnels afin de faire revivre ces instruments longtemps oubliés et laissés en sommeil dans les musées.

Sans aucune concession, Pearl Moon n’accueille aucun instrument ni aucune sonorité moderne, mais peut provoquer un état de transe bien plus fort que des électro-beats. (Du reste, à l’heure où j’écris ces lignes, le tonnerre gronde et les éclairs transpercent le ciel avec fracas, ce paysage offrant un parfait accompagnement à l’aspect rituel des mélodies…) Son seul défaut en fait est d’être difficilement trouvable, même sur Internet, puisqu’il n’est distribué que par le discret Drumbeat Indian Arts aux États-Unis. Alors, avis aux distributeurs qui souhaitent faire connaître et revivre ces civilisations anciennes : Xavier QUIJAS YXAYOTL réalise avec AMERICA INDIGENA un travail rare et authentique sur les musiques préhispaniques et il serait dommage de s’en priver.

Après trois albums autoproduits et une vidéo de concert, Xavier QUIJAS YXAYOTL a eu la chance de réaliser un album chez Canyon Records avec le flûtiste amérindien Robert Tree CODY, Crossroads, suivi d’une vidéo remarquable comprenant un concert et commentée (en anglais) par les deux artistes en personne.

Xavier QUIJAS YXAYOTL a ensuite poursuivi son aventure chez Canyon Records avec un nouvel opus, Singing Earth. Entouré de Tonantzin CARMELO, Juan et Jaime AYALA et de Michael BISSONNETTE aux percussions et tambours, Xavier a assuré non seulement les compositions et la direction artistique de cet enregistrement, mais également joue l’intégralité des mélodies aux flûtes en bois ou en terre, toutes issues des anciennes civilisations aztèques et mayas, ainsi que les chants et des parties de percussions.

Singing Earth (“Terre chantante”) est construit telle une cérémonie ancienne, honorant à la fois la Terre, la Nature, les Dieux, et plus particulièrement le dieu maya du maïs (Maize God), la déesse Tonantzin, mère de la création des Indiens Aztèques, le dieu de la pluie (Music for Rain God), vénéré par tous les peuples d’Amérique Centrale qui connaissent souvent la sécheresse, et honore le peuple Hopi (The Corn People), cultivateur du maïs vivant en Arizona.

Tandis que les flûtes et nombreuses percussions amènent rapidement la transe chez l’auditeur, le chant de Xavier s’impose comme des invocations, des prières ; il est accompagné par un chant féminin (Tonantzin CARMELO) sur Dance of the Corn People qui vient renforcer l’intensité des ambiances tribales, semblant sortir tout droit d’un rêve.

La production a pris soin de conserver le caractère authentique de ces instruments (dont on peut apprécier la grande diversité sur les vidéos) et leurs sonorités particulières et uniques et a très justement «séparé» les différents types de percussions par familles sur les canaux droit et gauche afin de mieux les mettre en valeur. Il va sans dire que Singing Earth atteint une perfection rare qui éveille les sens, enchante le corps et l’esprit.

Avec son sixième disque, Aztec Dances, le flûtiste Xavier QUIJAS YXAYOTL, toujours entouré de Juan et Jaime AYALA et de Tonantzin CARMELO aux tambours et percussions,  nous invite à participer à une sorte de “reconstitution” d’une cérémonie aztèque et nous projette environ cinq siècles en arrière.

L’ouverture se fait par une offrande aux “Quatre Directions”, symbole sacré chez les Amérindiens du Sud comme du Nord (et chez de nombreux peuples dans le monde ; chez les Aztèques et les Mayas, les Quatre Directions sont particulièrement importantes puisqu’elles sont à l’origine de l’astrologie). Puis se succèdent dix dances dédiées aux ancêtres (Antigua), aux divinités (on y retrouve Tonantzin – A  Dance to Mother Earth, morceau déjà présent sur l’album précédent, dans une autre version), aux danseurs, au peuple apache… Xavier QUIJAS YXAYOTL, avec sa flûte, entraîne ses musiciens dans un déluge de percussions hypnotisantes et hallucinantes, presque effrayantes parfois (l’intro de Apache).

Ces cérémonies, qui avaient été interdites par les conquistadores espagnols parce qu’elles provoquaient la transe (et la transe a longtemps été considérée comme l’œuvre du diable), sont restituées à présent sous forme de spectacles et il est dommage que le livret du CD un peu maigre ne nous offre pas davantage de photos. Mais il est vrai qu’en fermant les yeux pour l’écouter, l’album Aztec Dances peut aussi provoquer des visions et nous replonger, en direct, au cœur de cette civilisation disparue, afin de la faire revivre en partie par nos visions et nos impressions.

Réalisé par Sylvie Hamon
Photos : site web

 

Site (CD, vidéos et flûtes en terre fabriquées par l’artiste, représentant des visages ou des statues mayas et aztèques) : https://www.yxayotl.com/

Label : http://www.canyonrecords.com

Discographie Xavier Quijas YXAYOTL

Fuertes Ancestros (avec AMERICA INDIGENA) (1994, Autoproduction)

Codex (Music of Ancient Mexico) (avec AMERICA INDIGENA) (1997, Indian Arts, Canyon Records)

Pearl Moon (avec AMERICA INDIGENA) (1999, DrumBeat Indian Arts)

Singing Earth (2001, Canyon Records)

Aztec Dances (2002, Canyon Records)

Mayan Ancestral Music – A’ Bit’ Eb J’yichman Mayan (2005, Autoproduction)

Albums en collaboration :

Crossroads (avec Robert TREE CODY) (2000, Canyon Records)

The Color of Morning (avec Verdell PRIMEAUX & Johnny MIKE + Steven FRAILEY & Stephen BUTLER) (2007, Canyon Records)

 

(Article et chroniques publiés à l’origine dans
ETHNOTEMPOS n°9 – octobre 2001,
n°10 – avril 2002 et n°12 – mars 2003)

NDLR : Xavier Quijas YXAYOTL s’est éteint le 10 novembre 2020. Nous adressons toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches. Ce “maître des vents” laisse une œuvre musicale de première grandeur ancrée dans la dimension spirituelle de l’Amérique ancestrale. 

 

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.