YAT-KHA – Tuva.Rock

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YAT-KHA – Tuva.Rock
(Yat-Kha Records)

Dans l’entretien que nous avions réalisé avec lui en 2002, Albert KUVEZIN nous avait confié qu’il souhaitait donner un son plus “live” au prochain album de YAT-KHA ; comprenez : qui restitue l’énergie virulente délivrée en concert. La récente parution d’un disque live (uniquement disponible sur le site Web du groupe) n’a aucunement entamé cette détermination. Le titre de ce nouveau disque annonce la couleur : Tuva.Rock ! (On est prié de ne pas négliger le point entre “Tuva” et “Rock”, c’est le “dot” des adresses Web !) Voilà un titre sans équivoque et on ne peut plus syncrétique.

Dès les premières notes de Come Along, on réalise que YAT-KHA a tenu parole avec brio : on a bel et bien affaire à du rock des steppes, avec guitare hendrixienne tout azymuth, chants gutturaux aux profondeurs subjuguantes (Albert KUVEZIN et Radik TIULIUSH au créneau), vièles traditionnelles (morin-khuur) grinçantes, basse électrique dynamique et batterie chamanique éloquente. Et surprise : KUVEZIN chante quelquefois en anglais !

Les saignants solis de guitare dans Langchyy Boom, Dorig Daiym et le riff plombé d’un Coming Bouddha s’inscrivent dans une esthétique rock très caractéristique et ne font pas dans l’”à peu près”. La production de Paul CORKETT, qui a déjà travaillé pour Nick CAVE, THE CURE et 16 HORSEPOWER y est évidemment pour quelque chose. Et on enfonce volontiers le clou avec une adaptation thrash et improvisée (durée au compteur : 1 minute 30 secondes !) du traditionnel Eki- Attar, popularisé par les camarades folkeux de HUUN-HUUR-TU.

La fusion entre l’héritage traditionnel touvain et la tentation électrique occidentale atteint dans cet album son apogée stylistique. Soit on adhère, soit on rejette, mais on ne peut dénier la réussite. Le morceau éponyme à l’album s’affiche du reste comme un hymne non officiel du rock underground de la République de Touva.

Dans ce déluge de décibels saillantes et de voix grondantes comme des volcans apparaissent toutefois quelques halos de méditation balayée par les vents des montagnes, tel ce Amdy Baryp présenté en deux versions, un Carry me Through aux effluves calypso délicieusement narquoises et cet étonnant Voyager, qui est en fait une reprise de Chorumal Bodhum, authentique “blues du pélerin” gravé dans l’album précédent, Aldyn Dashka. Surtout, écoutez bien le premier couplet ! Vous avez reconnu la langue ? Non ? Allez… Mais si, mais si, c’est du français ! Du “french kargyraa” ! Le deuxième couplet est en revanche chanté dans un anglais plus reconnaissable, et le troisième est – tout de même – en touvain. Syncrétique, ai-je dit syncrétique ?

Tuva.Rock est en tout cas un plaidoyer obstiné et vigoureux pour l’ouverture d’autres voies musicales trans-genres et hors frontières. Puissant !

Stéphane Fougère

Site : www.yat-kha.ru/

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°13 – septembre 2003)

 

 

 

 

 

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