ARTÚS – Artús

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ARTÚS – Artús
(Pagans)

artus_artusDepuis sa création en 2001, le groupe FAMILHA ARTÚS, animé par une mission de transmission et de transformation du patrimoine culturel gascon, n’a cessé de rester fidèle à son principe fondamental, « jouer ce qu’il est ». Et comme toute entité humaine, il a évolué, a renouvelé et affiné son langage musical. Aussi chacun de ses albums illustre-t-il la façon dont il joue ce qu’il est devenu. Òmi, Òrb, Drac : il n’y en a pas un qui sonne pareil !

Illustrant une nouvelle étape de l’évolution des Artùsans, ce quatrième CD ne porte pas de titre, si ce n’est le nom du groupe, pour l’occasion raccourci en ARTÙS, plus direct. La « familha » n’a cependant pas changé d’un iota depuis Drac. On y retrouve la fratrie BAUDOIN (Roman à la sonsaina ou vielle à roue alto, Mateù au chant, au vriulon (violon) et percussions et Tomàs au chant et à la boha, ou cornemuse landaise), Pairbon à la guitare baryton et Shape 2 à la batterie.

C’est une curieuse idée d’avoir choisi l’éponymie pour baptiser un album thématiquement consacré à l’œuvre du poète occitan Bernard MANCIET (disparu en 2005), célèbre pour son « parlar negre » (parler noir) typique des Landes, de Bayonne et du Sud-ouest de la Gironde. C’est même à une œuvre inédite de l’auteur landais que s’est attelé ARTÙS, Cantaplora, un recueil en trois cahiers de textes poétiques (cantaplora – ou chantepleure – désigne un genre de métaphore) inspirés des contes et légendes populaires des Landes collectés dans les années 1960 et mis en musique par Bernard MANCIET avec la collaboration de Hubert CAHUZAC.

Pétrie de matière littéraire locale brute transmuée en tapisserie psychédélique, Cantaplora devait fatalement attirer et inspirer les Artùsans, au point que chaque musicien a mis la main à la pâte pour coucher des compositions musicales sur les textes de MANCIET. Et qu’importe que certains textes de Cantaplora soient introuvables et qu’il n’en soit parfois resté que le titre ! Avec ou sans texte, avec du chant ou pas, ARTÙS a tenu à livrer sa version musicale de l’intégralité de cette œuvre de MANCIET.

Aux neuf textes de ce dernier (reproduits en occitan et en français dans le magnifique livret de 40 pages que renferme ce luxueux digipack), ARTÙS en a même ajouté d’un de Hubert CAHUZAC, Le Drac deu Retjons (le Dragon du Retjons), qui a été placé en tête du disque (après une introduction en forme de marche musclée), manière d’assurer la continuité avec l’album précédent, qui mettait justement en valeur la créature du « Drac ». Il est aussi question dans ce texte d’un certain Artũs… Le groupe ne pouvait donc rêver de meilleure entrée en matière. Le dragon artùsien est de retour, et ses flammes ont toujours autant de panache !

Car n’allez pas croire que le fait d’avoir été piocher dans l’œuvre d’un autre a poussé ARTÙS à l’édulcoration ou à l’assagissement sonore. C’est en fait tout le contraire qui s’est produit ! Les Artùsans n’ont pas cédé un iota de leur radicalité, précisément parce que leur source d’inspiration pour cet opus a elle-même un caractère, une intransigeance…. de la gueule, quoi ! C’est donc un son lourd et viril, chargé de rusticités acoustiques et de mutations acousmatiques, que diffuse ARTÙS tout le long de ce disque, unifiant comme jamais la croûte enracinée de la tradition gasconne aux extensions les plus avant-gardistes du rock ethno-progressif d’aujourd’hui.

Revisitées par ARTÙS, les chantepleures de MANCIET et de CAHUZAC sont baignées d’une énergie noire déclinant toutes sortes de tressaillements cahoteux, d’assauts acrimonieux, de sautes sanguines, de bouillonnements intraveineux, de spasmes intestinaux, que traduisent des polyphonies vocales vindicatives, des pulsations rythmiques anguleuses, une cornemuse braillarde, une vielle à roue heavy-métalleuse en diable, un violon aigre et une guitare sur les dents.

Lo Calici de Cristau, Le Plumion Negre (avec Isabelle FEUILLEBOIS, de MAGMA, aux chœurs) ou Lo Sordat de Wellington réservent bien des surprises par leur détours et volte-faces, tandis que Lo Martoli, Lo Tuat de Labrit ou La Corona de las Duas Nóvias (ensorcelé par la voix de la comédienne Isabelle LOUBIÈRE), combinent le groove des airs de danse traditionnels à des constructions alambiquées et à des paysages sonores venimeux.

Le tout confine à un acid-folk-tribal-rock-in-opposition qui ne peut que séduire les esprits ouverts aux aventures évolutives engagées. Car décidément, la Gascogne d’ARTÚS n’est pas un pays pour les oreilles lissées ou aseptisées…

Site : www.familha-artus.com

Label : http://pagansmusica.net

Stéphane Fougère

 

 

 

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