GUILLANTON – Ploërmel – Châtelet-les-Halles

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GUILLANTON – Ploërmel – Châtelet-les-Halles
(MagyBreizh)

Six ans ont passé depuis Goulou War ar Mor, le premier album de Youenn GUILLANTON, par ailleurs connu pour ses concerts a capella et son activité littéraire. Mais à l’écoute de ce second effort discographique, on ne s’en rend pas exactement compte, tant cet album sonne comme une suite directe de son prédécesseur. On nous aurait dit que les enregistrements proviennent de la même session qu’on l’aurait cru volontiers. Vous avez raté le début de l’aventure en solo de l’ancien chanteur du groupe MEURIAD ? Vous pourrez sans peine raccrocher les wagons de la ligne Ploërmel – Châtelet-les-Halles, tant l’esthétique sonore est identique à celle déployée dans Goulou War ar Mor.

Cette persistance dans une signature sonore désormais reconnaissable est évidemment due à la complicité que GUILLANTON entretient avec Philippe BROSSE, responsable des arrangements et musicien muti-fonction. Un disque de GUILLANTON, c’est d’une part cette voix ronde, basse et nasillarde au phrasé dodelinant, chavirant, tendance « slide », et aux effluves extatiques, façon chamane « soft », et d’autre part un kit de couleurs instrumentales aux déclinaisons multiples, constitué de guitares acoustiques et électriques, de basse, de oud, de claviers et de programmations. A cet axe bicéphale s’ajoute sur certains morceaux le concours du batteur Boris SELLEM ou du percussionniste Jean-François ROGER.

D’un morceau à l’autre, des influences diverses de musiques dites actuelles se manifestent comme des feux-follets. Rock, blues, world, dub.. c’est de cette mixité toute contemporaine qu’est faite la marque « GUILLANTON ».

En fonction des textes de Youenn, la musique agit comme un miroir parfois réfléchissant, parfois déformant, ouvrant à une compréhension biaisée ou oblique des paroles. C’est ainsi sur un mode plutôt fringant que nous est racontée une chasse au loup (Heol ar Bleiz)… avant qu’elle ne se termine sur un ton plus glaçant. C’est un blues « glissant » qui évoque la déambulation d’un skateur dans Dreadlocks, c’est une pointe d’africanité qui se manifeste dans la rythmique de Traezhenn Dakar, tandis que Milin-Bedin, qui dit tout l’attachement du chanteur-poète à la cause tibétaine, est agrémenté de tablas et de cloches ; et ce sont des notes de guitare à la Robert FRIPP qui pimentent le trajet Ploërmel – Châtelet-les-Halles.

Aux côtés de paroles tirant vers la frayeur existentielle (Aon ‘M Eus Rak ar Marv), d’autres dénoncent la sempiternelle pollution maritime des côtes bretonnes (le naufrage de l’Erika est une fois de plus épinglé dans Al Lanv Du) ou pointent du doigt la société « Big Brother » (Ti-Bank). Pas de doute, on est bien au XXIe siècle ! Paroles et musiques ne cessent de nous le rappeler.

Bien sûr, les textes ne sont chantés qu’en breton, prise de position ultime de GULLANTON. Quand on écrit une chanson qui vante la langue bretonne et qui en appelle à sa protection (Yezh Ma C’halon…), il est logique qu’elle soit chantée dans la langue vernaculaire susdite. Même si on ne la comprend pas, elle accroche l’oreille par sa musicalité, mise en valeur par les phrasés de GUILLANTON.

Ploërmel – Châtelet-les-Halles se présente donc comme une confirmation des choix esthétiques de GUILLANTON qui, s’il n’encombre pas franchement les bacs des disquaires ni les play-lists des radios, creuse imperturbablement son sillon musical et inscrit d’un pas sûr et impavide son identité artistique à l’avant-garde de la scène chantée bretonne. Ceux qui sont en quête d’innovation dans ce domaine trouveront donc dans ce disque de quoi titiller leurs oreilles exigeantes. Ceux qui connaissent déjà le phénomène GUILLANTON se satisferont, en tant que fans, de son ancrage dans une voie d’expression moderne.

Mais force sera d’avouer que l’effet de surprise n’agit plus, ou en tout cas moins, et que ce nouvel opus, tout défricheur qu’il est, ne prend finalement aucun risque ni n’apporte rien de très innovant par rapport à son prédécesseur. Et pourtant, le remix d’Al Lanv Du, inclus en fin d’album, fait montre d’un esprit d’expérimentation autrement séduisant, avec cette voix en suspension sur une rythmique moins marquée et plus flottante, et ce balayage de sons de cordes et d’accordéon qui semblent défiler à l’envers, créant un vertige du meilleur aloi. On savait que GUILLANTON avait encore des choses à dire littérairement parlant, on se rassure de savoir qu’il n’a pas encore tout dit musicalement…

Site et extraits en écoute : https://myspace.com/guillanton/music/songs

Stéphane Fougère

 

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