JACKALOPE – Danse avec les lapins

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JACKALOPE

Danse avec les lapins

Nous avons consacré auparavant un long article à R. Carlos NAKAI, flûtiste navajo prolifique qui a déjà enregistré au moins une trentaine d’albums. Nous vous avions promis à l’époque de vous présenter l’un de ses groupes, JACKALOPE, qui a enregistré quatre albums entre 1983 et 1993 chez Canyon Records. JACKALOPE (ce nom désigne un animal imaginaire du folklore américain qui serait un croisement entre un lapin et une antilope !) est né de la rencontre de R. Carlos NAKAI avec un musicien et dessinateur mexicain, Larry M. YAÑEZ. Voici donc l’histoire de cet étrange animal.

“L’idée des deux hommes, nous raconte Robert DOYLE, leur producteur (Canyon Records), était de concevoir un mélange éclectique de différents styles musicaux de plusieurs cultures. Comme le jazz, la musique a toujours été créée à partir d’improvisations, jusqu’à
ce que ça devienne un morceau. On peut dire que cette musique est particulièrement américaine car, comme l’Amérique, elle est faite d’un peu de plusieurs cultures, mixées en elles au hasard et sous l’impulsion du moment. NAKAI et YAÑEZ ont appelé la musique de JACKALOPE : SynthacousticpunkarachiNavajazz. L’humour représente une part importante de JACKALOPE et, même le nom du groupe vient d’un canular raconté aux touristes crédules de l’Ouest des États-Unis”.

Le premier album, Jackalope, est enregistré en 1983 et les deux compères ont conservé les synthés et batteries électroniques de l’époque pour s’amuser à faire… de l’impro. R. Carlos NAKAI y joue de la flûte traditionnelle, de la trompette et des percussions ethniques tandis que Larry M. YAÑEZ tient le rôle de technicien avec ses synthés ; participe également un guitariste. Le thème du groupe, qui ouvre l’album, débute sur une tempête et des cris d’animaux (flûte et synthés), et se poursuit par des envolées de claviers qui rappellent un peu l’Oxygène de J.-M. JARRE, avec une guitare dans le style western. Il est suivi d’une longue improvisation peuplée de claviers, percussions et samples ethniques. Lord Fumamota (alter ego chicano-samurai et thème de YAÑEZ, qui signifie Lord Marijuana !) symbolise un croisement des cultures. La musique y est plus “zen”, le côté oriental s’accentue avec un sample de koto. L’empreinte amérindienne revient en force avec le thème de NAKAI, Coyote Mind, où la flûte se déchaîne dans une ambiance urbaine, avec une voix synthétique, et reprend le thème dans une version plus rock. L’aventure commence…

Weavings, deuxième opus réalisé cinq ans plus tard, en 1988, se situe dans la lignée de son prédécesseur, la trompette étant davantage présente. L’animal de la pochette est plus caricatural… la musique aussi. Les excentricités musicales se développent à grands pas, en même temps que les jeux de mots délirants des notes du livret. Tezcatlipolka, ou polka aztèque, marque le départ en voyage de NAKAI et YAÑEZ, accompagnés par des changements de climats, la faune tropicale (dont un singe rieur), d’une énorme grenouille qui fait des bonds bruyants, et d’une voix semblant sortir de nulle part.

Nos deux voyageurs, l’un Chicano-Samurai et l’autre Dog Soldier (Indien des plaines canadiennes), y rencontrent un Haiteca-Manteca (Richard CARBAJAL, guitares) et un Waspteca (Darell FLINT, percus, est blond et représente “l’anglo-saxon blanc protestant du vieux Mexique”). Il est vrai que l’on assiste, dans cet album, tant à un choc des cultures qu’à un choc musical. Après avoir rendu visite à une tribu (Naugahyde), dont nous voyons ici la face Hyde (ou cachée), c’est-à-dire moderne avec ce morceau très rythmé alimenté par des courants électriques peu communs, mêlés à quelques clochettes et rythmes ethniques, nos héros nous emmènent suivre leur chasse, marquée des cris du mammouth et de ses poursuivants ; guitare électrique, claviers et trompette se séparent en de sauvages solos pour chasser. …Then there was wood marque le retour à la nature avec la flûte et les percussions, mais la guitare électrique est là pour rappeler à nos deux aventuriers qu’ils devront cohabiter avec d’autres cultures, pour former une sorte de “banlieue culturelle”. 

En 1993, pour enregistrer Boat People, R. Carlos NAKAI et Larry M. YAÑEZ se retrouvent seuls. Ce disque évoque à la fois l’immigration et l’arrivée des conquistadores en Amérique. Le sujet étant plus sérieux, l’humour y est donc beaucoup plus cinglant. Des dessins caricaturaux sont réalisés par Larry. Musicalement, on assiste à un panaché d’instruments ethniques encore plus varié, avec des flûtes venant de l’Amérique du Sud, du Nord et aussi centrale (ils en jouent tous les deux), des percussions et objets divers, des coquillages, qui font bon ménage avec la trompette, les claviers, guitare-synthé et samples.

Les compositions sont plus aérées, avec de longs passages entièrement acoustiques. Des effets sonores rappellent le paysage, afin que l’auditeur n’oublie pas qu’il se trouve sur un bateau. Ainsi, un synthé vient imiter le vent qui souffle sur les voiles dans Hey Rasta Perro. Go ‘way the Monk comporte des sonorités asiatiques, tandis que Otro Cerveza invite plusieurs flûtes entremêlées et des objets qui servent de percussions (hochet, sonnette de vélo). Un éléphant (joué par la trompette) vient même s’immiscer au milieu des flûtes et tambours tribaux sur Street Chiefs. On the Border clot l’album avec des airs de fête : nous sommes arrivés à la frontière ! On venait de fêter, aussi, la découverte de l’Amérique : “Souvenez-vous, 1400 et quelques, Christophe HITLER traversait l’océan…”. Vous voyez l’humour !

La même année sort Dances with Rabbits, qui est cette fois un album de groupe, avec deux nouveaux musiciens qui participent aussi aux compositions : Will CLIPMAN aux percussions ethniques (nombreuses et venant du monde entier) et J. David MUÑIZ aux guitare et basse électriques, également musicien de latin jazz et latin rock, qui donne à ce disque un côté dansant sud-américain non négligeable et fort agréable. Le titre, Danse avec les lapins, n’est pas innocent : ce disque a été conçu après le succès mondial du film Danse avec les loups et cet album est quelque peu satirique, en particulier grâce à des arrangements et sonorités style “musique de western” à la sauce JACKALOPE. On a même droit à un blues pour clore cette carrière hors du commun.

Le JACKALOPE est décidément un drôle d’animal. Il a d’ailleurs pris sa retraite, mais ses deux “parents” poursuivent leur chemin : R. Carlos NAKAI a formé un QUARTET qui porte son nom, avec Will CLIPMAN et J. David MUÑIZ (Kokopelli’s Café et Big Medicine).

Quant à Larry M. YAÑEZ, il nous a envoyé un message récemment : “Je joue en solo la plupart du temps, et avec un groupe qui s’appelle PACK OF LIES, composé de Jeff FALK, qui écrit des nouvelles et joue de l’accordéon et du saxophones (jouets pour enfants) et Jack EVANS, qui joue avec des objets divers et écrit des poèmes. La musique est totalement improvisée. Je continue à dessiner et à faire de la sérigraphie ; les images sont basées sur des sujets mexicains. Sinon, je travaille pour l’Arizona Commission of the Arts comme coordinateur artistique.” 

Article réalisé par : Sylvie Hamon
Dessins pochettes : Larry M. Yañez
Photo du livret : Robert C. Buitron
(publié dans Ethnotempos n° 4, avril 1999)

Site du label Canyon Records : http://canyonrecords.com/

 

 

 

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