James MAC GAW : un “enfant de Magma” s’est envolé…

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James MAC GAW : un “enfant de Magma” s’est envolé…

Après quelque six ans de combat acharné contre un adversaire redoutable, James MAC GAW a rendu les armes le 8 mars 2021, à 52 ans. Sous son nom kobaïen “Staïïss Ësslëhnt'”, il était principalement connu pour avoir été le guitariste de Magma de 1997 à 2015, soit pendant quelque 18 ans, ce qui n’est pas un mince record compte tenu du nombre de musiciens qui sont passés par ce groupe de légende. On peut même dire qu’il fut un pilier d’une formation de Magma dont la stabilité a perduré plusieurs années. Avec le bassiste Philippe Bussonnet, le chanteur Antoine Paganotti, le claviériste Emmanuel Borghi, la chanteuse Himiko Paganotti, James MAC GAW a été une cheville ouvrière de la revitalisation du répertoire de Magma, que Christian Vander, après plus d’une décennie de mise en sommeil, avait réveillé en 1996, se rappelant aux souvenirs d’anciens fans et gagnant une nouvelle génération de convertis au fil des nombreux concerts que le groupe a donnés suite à sa “résurrection”.

On a souvent dit que la guitare n’était pas forcément l’instrument le plus mis en valeur dans Magma, mais les performances scéniques de James MAC GAW, au jeu extatique, stellaire, stratosphérique, ne sont pas passées inaperçues. On peut notamment en juger sur les DVD des concerts “anniversaire” qui ont émaillé le parcours du groupe à cette époque : le DVD (et le coffret 3 CD) Theusz Hamtaahk Trilogie, enregistré live au Trianon en 2000, à l’occasion des 30 ans de Magma, les DVD Mythes et Légendes Epok 1 à 4, captés en 2005 au Triton pour les 35 ans de Magma, puis le DVD Epok 5, capté live en 2011 (encore au Triton) et le double DVD Ëmëhntëhtt-Ré Trilogie, capté live en 2014 (toujours au Triton), alors que Magma atteignait ses 45 ans de “carrière”.

De fait, James MAC GAW a participé à l’enregistrement de plusieurs fleurons discographiques magmaïens des années 2000. Sa première contribution à un disque de Magma fut un simple CD single (Flöë Ëssi / Ëktah) paru en 1998, puis on le retrouve sur les albums phare de Magma K.A. (2004), Ëmëhntëhtt-Ré (2009), Félicité Thösz (2012), la nouvelle version de Rïah Sahïltaahk (2014) et Slag Tanz (2015).

La découverte de l’univers musical de Magma s’est révélée assez tôt, alors que James avait quinze ans, grâce à ses amis le batteur Daniel Jeand’heur et le bassiste Philippe Bussonnet. Avec eux, il a monté des formations (dont Zukunft) pour jouer la musique de Magma à l’époque où ce dernier était inactif, avant d’être finalement intégré au groupe en 1997, soit un an après l’intégration de Philippe Bussonnet.

La passion de James pour l’univers musical de Magma, et notamment son ancrage dans le jazz-rock fusion, le pousse en 1998 à former, avec le claviériste Emmanuel Borghi (membre lui aussi de Magma), le groupe One Shot, qui accueille bien vite le bassiste Philippe Bussonnet et le batteur Daniel Jeand’heur (seul membre du quartette à n’avoir pas fait partie de Magma, on se demande bien pourquoi…:) ). Quand les musiciens ne sont pas accaparés par leur emploi du temps dans Magma, ils composent donc pour One Shot, dont la musique, navigant entre rock, jazz, fusion et progressif avec même des pointes de métal, s’avère constamment assez intense et puissante.

One Shot a enregistré quand même cinq albums entre 1999 et 2011. Si le premier album éponyme fut autoproduit, le suivant, (Vendredi 13), est paru sur le label Soleil Zeuhl, puis le troisième (Ewaz Vader) et le quatrième (Dark Shot, avec un DVD) ont atterri sur le label du Triton. En 2010, Soleil Zeuhl a réédité le premier album dans une version dûment remixée et augmentée (Reforged) et a publié l’année suivante un Live in Tokyo, enregistré avec le pianiste Bruno Ruder (qui a un temps fait partie de Magma…) en remplacement d’Emmanuel Borghi. Ce qui devait être un nouveau départ pour One Shot s’est hélas transformé en chant du cygne. L’œuvre intégrale du groupe a cependant été rééditée et consignée dans un coffret paru en 2015 sur le label Le Triton.

Il faut aussi mentionner l’existence, brève et restée malheureusement sans trace discographique, du projet Ar Rannoú, impliquant tous les membres de One Shot avec le guitariste Jacques Pellen et la chanteuse Annie Ebrel, pour une création fondée sur un répertoire traditionnel breton à consonance druidique revisité par une esthétique jazz avec quelques pointes acérées…

La complicité de longue date qu’il a entretenu avec Daniel Jeand’heur a permis à James MAC GAW de collaborer à des projets parallèles qui, sans être enferrés dans l’esthétique “zeuhl”, n’en sont pas moins imprégnés de sa force vibratoire. C’est ainsi que James MAC Gaw et Daniel Jeand’heur se sont retrouvés dans une formation de l’accordéoniste Christian Maes, le Christian Maes Quintet, pour jouer une musique aux frontières du jazz, de la musique irlandaise et des musiques orientales (The Giant’s Walk, en 1998).

De la même façon, Mac GAW et Jeand’heur se sont retrouvés dans le groupe Pienza, avec le vielliste Thierry Bruneau, pour jouer une musique fortement imprégnée des musiques est-européennes. Après un premier disque éponyme autoproduit (2001), un second, Indiens d’Europe, est sorti chez Soleil Zeuhl, en 2006 sous le nom Pienza Ethnorkestra. Dans ce groupe, ce n’est pas de la guitare que joue James MAC GAW, mais de la guitare basse, révélant ainsi un autre talent, lequel sera également mis à contribution par la chanteuse bretonne Faustine Audebert pour son groupe Faustine (2015).

James MAC GAW a de même offert ses services à de nombreuses formations dont la musique est de près ou de loin liée à l’univers de Magma ou du jazz-rock, comme NHX, Snake Oil, Setna et l’Infernal Machina de Jannick Top. On le retrouve de même dans des albums plus orientés chanson (mais pas n’importe laquelle) comme Là où va le vent du groupe Ad Vitam et Le Cœur allant vers de Stella Vander.

James MAC GAW ne s’est cependant pas contenté de rester le “guitariste de Magma” ou celui de One Shot. Il a aussi monté des projets plus personnels comme Seven Indies, un septuor électrique de « mercenaires sans carte ni boussole » (sic) auteur d’un répertoire intense et sombre dans lequel James se met même à chanter ! Le groupe a enregistré en 2010 un disque qui est sorti en 2015 accompagné d’un DVD chez Music Unit.

L’aventure musicale de James MAC GAW s’est arrêtée brutalement en 2015, année où un mauvais crabe a commencé à s’emparer de lui et contre lequel il s’est vaillamment battu durant six ans. Il a néanmoins eu le temps de finaliser une ultime création discographique pour laquelle il a fait appel à de nombreux amis musiciens, La Fin des Temples, publiée par Soleil Zeuhl à la fin de l’année 2020 (cf. l’article que notre collaborateur Philippe Perrichon lui a consacré). Cette œuvre testamentaire prend la forme d’une composition épique en neuf mouvements, inspirée par et écrite en hommage à la musique de Christian Vander.

James est parti trop tôt. Beaucoup trop tôt. Stella Vander lui a rendu un vibrant hommage, soulignant à son sujet : « Tu étais “un enfant de Magma”, tu as trouvé ta place avec nous, naturellement. Toutes ces phrases chantées à l’unisson avec ta guitare, des milliers de fois, à la recherche du mélange parfait, du son absolu. Cela ne s’est pas fait en un jour mais au bout d’un moment, l’osmose est devenue parfaite.”

En plus du musicien exceptionnel et “possédé” qu’il était, James était aussi un de ces êtres véritablement “vivants”, doté d’une humilité, d’un humour et d’une gentillesse qui ont marqué ceux qui l’ont côtoyé. Nous adressons nos sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

Réalisé par Stéphane Fougère
– Photos : Sylvie Hamon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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