Shri Subhankar BANERJEE – Tabla Tale

49 vues
Print Friendly, PDF & Email
Shri Subhankar BANERJEE – Tabla Tale
(Arion)

Ce n’est plus un secret pour personne : le tabla, sans doute la plus célèbre percussion indienne, est devenu, au même titre que le djembe, la sanza ou le berimbau, la coqueluche percussive des productions world-fusion, et sa pratique a nettement dépassé depuis un bon moment le cadre de la musique classique indienne. Et même dans ce cadre où il a toujours été présenté comme un instrument d’accompagnement ou de soutien, sa musicalité intrinsèque a gagné en popularité et en reconnaissance, au point que plusieurs “maîtres” ont enregistré des albums entièrement consacrés à des démonstrations de tabla solistes, du genre “Mes plus beaux soli de tabla”, comme Zakir HUSSAIN ou Anindo CHATTERJEE.

Bien souvent, ces performances en imposent par leur virtuosité, mais la complexité ésotérique de ces figures rythmiques (“talas”) ne peut guère être appréhendée que par de grands connaisseurs de la chose, ou des pratiquants bien avancés. Ce n’est pas ce type de disque qu’a souhaité faire Subhankar BANERJEE, percussionniste déjà bien établi dans le monde de la musique traditionnelle indienne, même s’il n’a pas (encore ?) atteint le statut de célébrité de Zakir HUSSAIN.

Non content d’avoir accompagné quelques sommités de la musique savante indienne telles que Shivkumar SHARMA, Amjad Ali KHAN, Ajoy CHAKRABORTY ou Shahid PARVEZ, Subhankar BANERJEE s’est également investi dans des projets tendance “fusion” tel que Calcutta to California, où il rencontrait le guitariste américain Mark HUMPHREY et le maître de la guitare slide hindoustanie Debashish BHATTACHARYA ; Greeks and Indians, avec rien moins que le compositeur et multi-instrumentiste sans frontières Ross DALY et le souffleur Petroloukas HALKIAS ; sans oublier la création de Hariprasad CHAURASIA et de l’Ensemble Transes Européennes de Pablo CUECO, Adi Anant, donnée en exclusivité mondiale au Théâtre de la Ville de Paris en 1999.

C’est donc dans une perspective d’ouverture du jeu du tabla que s’inscrit son CD Tabla Tale, qui fait suite à une tournée en Inde en 2003, et dont les compositions oscillent entre enracinement traditionnel et fusion indo-jazz. D’une pièce à l’autre, le tabla se marie à différentes couleurs et s’ouvre à des paysages variés. (Il n’y a cependant pas de fusion ethno-électro à la Talvin SINGH au programme…)

Subhankar BANERJEE s’est entouré d’une dizaine de musiciens indiens de la jeune génération qui jouent sur des instruments acoustiques ou électriques. Le seul musicien non indien n’est autre que le batteur/percussionniste Ramon LOPEZ, grande référence du jazz contemporain et des musiques improvisées, excusez du peu !

Le premier morceau, Spirit Unlimited, illustre on ne peut mieux le propos général : c’est d’abord le jeu de flûte de Rakesh CHAURASIA, juste soutenu par une nappe de synthé remplaçant la tampura, qui est mis en valeur, puis le tabla entre en scène, accompagné d’une basse et d’une batterie ; plus loin on a droit à un solo de clavier, puis de guitare acoustique, le tout restant dans une coloration indienne et très conviviale.

Arabian Passion ouvre comme on s’en doute d’autres horizons, avant que Bahari ne nous ramène plus près du cadre indien classique, Subhankhar soutenant de son jeu gracile et dynamique un “jugalbandi” (duo) de sitar et de sarod. Le bien-nommé Beyond Boundaries célèbre encore d’autres combinaisons, avec mandoline, flûte, tabla, sreekhol et batterie. Et le voyage réserve d’autres surprises…

Sans forcer dans le métissage world et sans forcément chercher à révolutionner la fusion à visage indien, Tabla Tale présente le long de ses dix titres des dialogues instrumentaux et rythmiques assez savoureux. Les amateurs de tabla goûteront sans problème le haut degré de technicité de Subhankar BANERJEE, sa dextérité aux phrasés et roulements tous plus affolants les uns que les autres.

Et les gourmets des rencontres instrumentales aux parfums d'”indianité” y trouveront de même leur compte et feront dans leur discothèque une place de choix à ce disque, aux côtés d’un Trilok GURTU ou des Making Music et Rhythm Experience de Zakir HUSSAIN.

Stéphane Fougère

Label : www.arion-music.com

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°18 – janvier 2006)

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.