SHU-DE – Voices from the Distant Steppes – Kongurei

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SHU-DE – Voices from the Distant Steppes
(Real World) –
Kongurei
(Felmay / Dunya)

Formé en 1992 par Boris SALCHAK, Alexei et Nadezna SHOIGU, SHU-DE fait partie de cette première génération d’artistes, à l’instar de leurs compatriotes HUUN-HUUR-TU et SAINKHO, à avoir plaidé la cause de la tradition touva au sein de la sphère “world music”. Pour avoir accepté de se produire la même année dans un festival au Pays de Galles, Eisteddfodd, le groupe s’est bien vite retrouvé au festival de Reading, Womad, et a dans la foulée enregistré son premier disque dans les studios de Peter GABRIEL. Paru en 1994 sur le label de ce dernier, Real World, l’album Voices from the Distant Steppes n’a pas manqué de se faire remarquer, eu égard à la publicité faite autour du label.

On découvrait alors un groupe à la riche panoplie instrumentale traditionaliste, avec en première ligne trois chanteurs de gorge rivalisant d’adresse et de prouesse dans la pratique des différentes techniques de chant diphonique : Mergen MONGUSH, Leonid OORZHAK et Oleg KUULAR, sans doute l’un des plus talentueux chanteurs de gorge de l’époque, qui a fait partie du TUVA ENSEMBLE et que l’on peut entendre dans différentes compilations de musique touva. À travers une sélection de chansons traditionnelles, chacun des chanteurs dispensait sur ce premier disque de superbes leçons de khöömei, de sygyt et de kargyraa, et s’accompagnait de la vièle à deux cordes igil, du luth toshpuluur, de la guimbarde khomus ou de la flûte limbi.

Par rapport à HUUN-HUUR-TU, la particularité de SHU-DE a été aussi de compter en ses rangs une chanteuse, Nadhezda SHOIGU, dont la voix claire et brillante contrastait avec les volutes graves de ses collègues masculins. Le hasard a voulu que les morceaux Chaspy-Khem (la Rivière Chaspy) et Kadarchynyng Yry (la Chanson des nomades) se retrouvent la même année sur l’album Out of Tuva de SAINKHO, mais sous une forme nettement plus moderne, preuve de la formidable “élasticité” du répertoire traditionnel touvain.

Autres curiosités dans Voices from the Distant Steppes, la chanson Dürgen Chugaa, interprétée à l’unisson par tout le groupe et, en clôture, un authentique rituel chamanique (Kham) dans lequel Boris SALCHAK, à l’aide de son tambour, invoque la nature, les animaux des steppes et les esprits, achèvent de faire de ce disque une parfaite introduction à l’univers ancestral de Touva.

Peu après, le groupe connaît quelques modifications de personnel : Mergen MONGUSH et Leonid OORZHAK cèdent la place à Monguun-Ool ONDAR, chanteur de gorge et joueur de toshpuluur qui, en 1993, avait remporté le grand prix du Festival international de chant diphonique. Comme par hasard, Oleg KUULAR remporte le même prix en 1995. La même année, SHU-DE est convié à animer des “workshops” en Finlande, en Italie et en Grande-Bretagne et se produit en Italie au Settembre Musica Festival de Turin.

Dans la foulée, il enregistre un second CD pour le label italien Dunya Records, Kongurei, du nom d’une superbe ballade devenue un véritable tube (Elle a été reprise par HUUN-HUUR-TU, YAT-KHA, etc.) et que Monguun-Ool interprète sur des timbres assez graves.

Exclusivement constitué lui aussi de pièces traditionnelles, Kongurei fait la part belle au chant de Nadezhda, aux chants de gorge de Monguun-Ool et d’Oleg, lequel livre également un solo d’igil grinçant comme il faut et un duo de guimbarde khomus en compagnie de la nouvelle venue Aldar TAMDYN, qui présente l’avantage d’être multi-instrumentiste (morin-khuur, igil, toshpuluur, khomus, limbi et chant de gorge). Alexander “Shasha” BAPA, ancien membre de HUUN-HUUR-TU, contribue de même à l’album en jouant des percussions (tambour, cloches…) et de la guitare. La flûte limbi et le cor de chasse amyrga font également de timides apparitions.

Le répertoire a beau être typiquement touvain, il n’empêche pas le groupe de poser sur la pochette habillé “à l’occidentale”, manière sans doute d’entériner son intégration à la world music sans rien sacrifier de son expression traditionnelle…

Le groupe collaborera en 1997 à l’album Out There du groupe anglais TELEPATHY, très porté sur les mélanges de dance music tribale et de musiques ethniques, et Oleg KUULAR participera au disque Tammze de l’excellent groupe de rock psychédélique russe OLE LUKKOYE.

Néanmoins, la disparition prématurée d’Oleg KUULAR mettra fin à la carrière de SHU-DE. Le groupe a néanmoins laissé une trace durable au-delà du milieu des musiques traditionnelles puisque sa version de Dürgen Chugaa s’est retrouvée récemment à la bande-son du film Gangs of New-York (!). Sans doute un effet secondaire de la notoriété du label Real World…

 

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°12 – mars 2003)

 

 

 

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