VERSHKI DA KORESHKI – Vershki Da Koreshki // Real Life of Plants

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VERSHKI DA KORESHKI – Vershki Da Koreshki
(Al Sur)
VERSHKI DA KORESHKI – Real Life of Plants
(Long Arms)

C’est d’un rendez-vous entre des musiciens africains et russes qu’est né en 1994 ce groupe étonnant qu’est VERSHKI DA KORESHKI. Combinant les langages et les rythmes des traditions sénégalaise et sibéro-touvaine à ceux du jazz, de l’improvisation et de la musique contemporaine russes, VERSHKI DA KORESHKI est le groupe métissé par excellence, celui qui sait donner ses lettres de noblesse à l’expression “musique du monde”, tant il conjugue avec habileté et inspiration la sève des racines (“koreshki”) à la vitalité florale des feuillages (“vershki”) en un tout éminemment organique. Et que de parfums uniques émanent des fresques florales de VERSHKI DA KORESHKI !

Le noyau dur du groupe est constitué d’Alexei LEVIN, Vladimir VOLKOV et Mola SYLLA. Vladimir VOLKOV et Alexei LEVIN viennent tous deux de Saint-Petersbourg. Contrebassiste, le premier est surtout connu dans les sphères du jazz et de la musique contemporaine, mais est également invité par des orchestres baroques. Alexei pratique le jazz et la musique improvisée et joue de l’accordéon chromatique, du piano, de la khomouz et du kongoma. Mola SYLLA est pour sa part originaire du Sénégal et possède une culture musicale africaine traditionnelle, additionnée de dons pour la composition et l’improvisation. Outre le chant, il joue du kongoma, du xalam et de la kalimba.

Depuis mars 1996, un chanteur exceptionnel les a rejoints, Kaigal-Ool KHOVALYG, originaire de Touva, en Sibérie. Cet ancien membre du groupe folk de référence TUVA ENSEMBLE, devenu membre fondateur de cet autre groupe de renommée internationale qu’est HUUN-HUUR-TU, pratique le chant de gorge caractéristique de cette culture sibérienne – le “khöömei” – et joue de l’igil (vièle) et du khomus (guimbarde).

Sur son album éponyme paru sur le label Al Sur en 1996, la tradition musicale touvaine offre ainsi trois pièces en guise de support : sur Borbannadyr, l’accordéon cause fleurette avec le chant touvain et les percussions africaines ; un thème de Touva contemporain, Chimtchak Salghin, est l’occasion pour KHOVALYG de faire montre d’un chant plus mélodieux au milieu de créatures sonores furtives et malicieuses ; et sur Pitchendebin, le chant khöömei de Kaigal-Ool KHOVALYG croise les complaintes en wolof et en pular de Mola SYLLA et le piano dodelinant d’Alexei LEVIN.

Sur l’instrumental Khomouz-Bas, la guimbarde sibérienne khomus, dont s’est emparé Alexei LEVIN, duettise avec la contrebasse de Vladimir VOLKOV, tandis que Khoomei-Bas est le fruit d’un dialogue tout aussi recueilli et mystérieux entre les techniques du khöömei de KHOVALYG et les cordes de VOLKOV.

Le chant africain est également mis à l’honneur avec Mola SYLLA, sous forme a capella dans Ana, avec une “ambiance sonore” à peine perceptible, et il est accompagné par LEVIN à l’accordéon sur Toumkoumani. Sur le morceau qui a donné son nom au groupe (à moins que ce ne soit le contraire…), entièrement instrumental, la kalimba rencontre les percussions et les cordes de l’igil touvain et du xalam sénégalais. Il y a également une superbe et imposante pièce d’un quart d’heure, Trance Later, dont l’introduction au piano, très classique, vire très vite au jazz contemporain dès que le chant de gorge résonne, puis les percussions assaisonnent le tout.

Paru en 1997 sur un obscur label russe, Le second album de VERSHKI DA KORESHKI, Real Life of Plants, a été enregistré entièrement en live et comprend en majorité des extraits des concerts donnés en octobre 1996 à Amsterdam et à Paris (à l’Institut du monde arabe ; c’est pas “world”, ça ?!), soit six mois après l’enregistrement du premier album éponyme.

Le répertoire de ces concerts reprend donc logiquement la quasi-totalité des morceaux qui figurent sur cet album. Mais ces morceaux se caractérisant autant par la souplesse de leur structure, qui autorise une grande part d’improvisation, que par l’intensité de leurs couleurs, qui intègrent les références ethniques à une démarche jazz, ces versions live offrent des variations par rapport aux versions d’origine (notamment sur Ana et Pitchendebin, plus développés).

En outre, une bonne poignée de morceaux non inclus dans le CD d’Al Sur apportent à ce CD live un intérêt supplémentaire et offrent un panorama plus exhaustif du répertoire de VERSHKI DA KORESHKI. Ouvrant l’album du même nom, Real Life of Plants combine un chant de Mola SYLLA avec celui de KHOVALYG sur fond de percussions et d’accordéon. Plus loin, Doudobas fait entendre un orgue à bouche (sheng), joué par LEVIN, débattre avec la contrebasse de VOLKOV.

Trois autres pièces inédites clôturent le CD : Choro Baye Samba est fondé sur un thème sénégalais agrémenté d’une ligne baguenaudante de piano et dans lequel vient subrepticement s‘intégrer un chant de Touva ; Koreshki Da Vershki fait grincer la vièle igil et gronder la contrebasse sur un chant sénégalais, auquel s’enchaîne un chant de Touva, avec quelques touches d’accordéon ; et Berioza, qui s’appuie sur un chant profond de SYLLA, ponctué par la contrebasse et des percussions africaines, sert d’écrin à des interventions délocalisées d’accordéon et de guimbarde, avant que la “gorge profonde” de KHOVALYG double le chant sénégalais.

Du fait des impératifs grandissants de tournées avec HUUN-HUUR-TU, Kaigal-Ool KHOVALYG n’a pu rester un membre permanent de VERSHKI DA KORESHKI et a été remplacé depuis ce disque live par le percussionniste indien Sandip BATTACHARYA. Le groupe a rétréci son nom en VEDAKI (plus seyant) et a cultivé d’autres rencontres plus ou moins durables mais tout aussi aventureuses.

La célèbre chanteuse sami Mari BOINE se fait ainsi entendre sur l’album Gombi Zor (1999), de même que le chanteur et multi-instrumentiste russe Sergey STAROSTIN (FARLANDERS, MOSCOW ART TRIO…), qui a poursuivi sa collaboration avec VEDAKI sur l’album Samm (2008). Le percussionniste indien Ramesh SHOTHAM (collaborateur d’EMBRYO, Rabih ABOU-KHALIL, Charlie MARIANO…) a de même croisé la route de VEDAKI.

Enfin, Kaigal-Ool KHOVALYG et Mola SYLLA ont également participé à l’album du VOLKOV TRIO Much Better, et le même Mola SYLLA a enregistré en duo avec Vladimir VOLKOV le CD Seetu/Mirror. Les racines et les feuillages créent décidément des liens.

Sylvie Hamon et Stéphane Fougère

(Chroniques originales publiées dans ETHNOTEMPOS n°1 – novembre 1997 et ETHNOTEMPOS n°12 – mars 2003, puis remaniées en 2020)

 

 

 

 

 

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