Sámiland (Laponie) : Les “Joikers” du XXIe siècle

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Sápmi (Laponie) : Les “Joikers” du XXIe siècle

Parmi les curiosités musicales que peut nous offrir l’Europe du Nord, le joik (prononcez : “yoïk”) se place sans peine en tête de liste. Cette forme de chant a capella est intimement lié au mode de vie des Lapons, ou plutôt, comme ils préfèrent qu’on les nomme, les Samis. Ce peuple nomade n’a jamais eu de “nation” à lui, et pourtant, ce que l’on désigne comme la Laponie (“Sámiland”, ou “Sápmi”) couvre un territoire immense qui va du centre de la Scandinavie à la péninsule de Kola et traverse les frontières de quatre états : la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie.

À défaut d’avoir un pays géopolitiquement délimité, les Samis ont une culture qui leur est propre. Pas moins de dix langues sami ont été répertoriées, toutes appartenant à la souche finno-ougrienne. On distingue ainsi trois grandes aires linguistiques : celle du Nord, celle du Sud et celle de l’Est. À cette division tripartite fait singulièrement écho celle que l’on peut opérer dans le domaine musical et vocal.

Ce que l’on nomme communément le joik se divise effectivement en trois grands styles de chant : “luohti”, “vuolle” et “leu’dd”. Un joik a pour fonction de décrire l’essence d’une personne, d’un lieu ou d’un animal. Ainsi, chaque homme ou femme sami possède sa mélodie qui est en quelque sorte son “portrait musical”. Le joik est ainsi lié à la spiritualité sami et par conséquent à ses racines chamaniques.

La caractéristique principale des joiks est l’utilisation de syllabes répétées à plusieurs reprises. Si certains joiks comportent également des mots, des paroles, d’autres ne comprennent ni vocables ni syllabes mais sont des imitations animalières (grognements, mugissements, etc.). Construit sur une échelle pentatonique, le joik porte les caractéristiques des styles de chants gutturaux des peuples montagnards. On peut le comparer au “yodel” des Alpes, mais il présente également de fortes similitudes avec les chants amérindiens ou encore avec les chants de gorge des peuples d’Asie centrale. (Pour découvrir le joik dans sa “nudité première”, nous recommandons l’écoute d’un album paru sur le label américain Folkways en 1956, Lappish Joik Songs from Northern Norway, qui contient pas moins de 58 joiks enregistrés sur le terrain par Wolfgang LAADE et Dieter CHRISTENSEN.)

Sans joik, on peut dire que l’identité sami serait inconcevable. Ainsi, la colonisation opérée par les missionnaires chrétiens au début du XIXe siècle (à commencer par celle de Lars Levi Laestadius, qui a donné naissance à une branche spécifique du christianisme nordique, la branche “laestadienne”) a placé les Samis devant la triste réalité du génocide culturel. La prohibition du chant traditionnel et du seul instrument qui l’accompagne, le tambour chamanique, aurait pu avoir définitivement raison de la tradition sami. Mais, obstiné et profondément enraciné, le joik a survécu à cette entreprise de “démonisation”.

Aujourd’hui reconnus comme minorité indigène, les Samis luttent pour recouvrer leurs droits. Il reste encore beaucoup à faire, mais la culture sami a malgré tout gagné du terrain. Il existe des programmes télévisuels et radiophoniques en sami, et la langue est de nouveau enseignée.

Quant au joik, il s’est intégré ces trente dernières années à presque toutes les formes musicales occidentales : rock, jazz, pop, classique, country et… world music, tant qu’à faire ! La production discographique sami a connu également un développement important depuis la parution en 1968 du premier disque enregistré par un artiste sami : l’album Joijuka, de Nils-Aslak VALKEAPAA (de son nom indigène ÁILLOHAŠ), un chanteur à la carrière prolifique et protéiforme qui a profondément marqué les nouvelles générations de musiciens samis.

À la fin des années 1980, la reconnaissance internationale dont a bénéficié la chanteuse Mari BOINE a permis à la cause sami de se faire entendre à travers ses textes engagés et militants. Grâce à elle, le joik a obtenu droit de cité sur la scène des musiques du monde et s’est imposé comme une expression capable de s’adapter et de s’intégrer dans les musiques actuelles sans rien perdre de son souffle originel. Dans le sillage de Mari BOINE, d’autres artistes sami (WIMME, TRANSJOIK, Inga JUUSO, Ulla PIRTTIJÄRVI, Johan SARA Jr., ANGELIN TYTÖT, ADJÁGAS, VASSVIK…) ont développé une forme musicale originale et innovante, une fusion ethno-électro-acoustique audacieuse aux couleurs ancestrales et futuristes tout à la fois.

RYTHMES CROISÉS vous propose de faire plus ample connaissance avec les figures emblématiques de ce courant novateur du pays Sápmi. Vous trouverez donc ci-dessous une suite de liens renvoyant sur tous les articles, entretiens et chroniques de disques que RYTHMES CROISÉS a consacrés à ces “joikers du XXIe siècle”. Cette sélection ne prétend pas à l’exhaustivité, mais cette page est susceptible d’être mise à jour avec de nouveaux liens ; aussi, nous vous convions à y revenir de temps à autres.

 

Mari BOINE : L’Écho des chamanes (entretien)

WIMME : Un chien-loup parmi les rennes (bio – discographie)

TRANSJOIK : Les Nouveaux Chamanes du pays Sápmi (bio – discographie)

Mari BOINE – Bálvvoslatjna (Room of Worship) (chronique CD)

Mari BOINE – Eight Seasons (Gavcci Jahkejuogu) (chronique CD)

Mari BOINE – Idjagiedas (In the Hand of the Night) (chronique CD)

Mari BOINE / Inna ZHELANNAYA / Sergey STAROSTIN –
Winter in Moscow (chronique CD)

JIENAT – Mira (chronique CD)

Ulla PIRTTIJÄRVI – Máttaráhku Askái = In Our Foremothers’ Arms (chronique CD)

HEDNINGARNA – Hippjokk (chronique CD)

Dossier réalisé par : Stéphane Fougère

 

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