HAMON MARTIN QUINTET – Les Vies que l’on mène

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HAMON MARTIN QUINTET – Les Vies que l’on mène
(Coop Breizh – 2014)

Après nous avoir fait profiter Du Silence et du Temps avec son précédent opus en 2010, HAMON MARTIN QUINTET nous amène maintenant à réfléchir sur Les Vies que l’on mène. En quinze années de carrière, sa musique n’a jamais cessé d’évoluer malgré une formation qui est restée la même, avec Erwan HAMON à la flûte traversière en bois et à la bombarde, Janick MARTIN à l’accordéon diatonique, Mathieu HAMON au chant, Ronan PELLEN au cistre et Erwan VOLANT, qui était au départ invité sur le premier album (Allune) et est devenu ensuite membre à part entière par la suite, aux basses électrique et électro-acoustique. Depuis ses débuts, le groupe ne manque pas d’inviter quelques amis musiciens sur chacun de ses albums ; il accueille ici Prabbu EDOUARD aux tablas et aux percussions sur la majorité des morceaux, ainsi que Sylvain GIRAULT qui vient chanter avec Mathieu sur trois titres.

Au fil de la carrière du quintet, les airs traditionnels réarrangés ont laissé la place à de nouvelles compositions des musiciens et les chansons contemporaines viennent peu à peu grignoter la part de textes traditionnels depuis L’Habit de Plume. Dans Les Vies que l’on mène, quasiment tous les textes sont nouvellement écrits pour le groupe.

Le disque débute avec Les Jours heureux, “un hommage au programme du Conseil national de la résistance du 15 mars 1944” (précise le livret) qui prévoyait des mesures sociales et dont le titre initial était d’ailleurs Les Jours heureux par le CNR. Ce texte de Sylvain GIRAULT, arrangé en joyeuse ridée, est certainement le plus bel hymne à l’humanité et à la liberté jamais écrit. L’auteur n’est pas invité qu’au chant et conforte ici sa participation à l’écriture, depuis Les Métamorphoses, avec sept nouvelles chansons.

Il évoque des sujets actuels, avec humour comme le vol avec une suite de danses du Pays de Loudéac en trois volets (Les Cinq Voleurs, Le Bal des gendarmes et Le Tigre bleu) qui “raconte l’histoire entièrement véridique d’un volé un samedi par des voleurs du dimanche”, ou De Bazouges à la Hollande, un avant-deux qui loue la Hollande en se moquant du président alors en place à la manière d’un chant traditionnel. Zim Zoum Zad, un tour non dénué d’humour dans son écriture, évoque à nouveau, comme Notre-Dame des oiseaux de fer sur le disque précédent (Du Silence et du Temps), le combat contre le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes et est dédiée aux militants.

C’est avec plus de gravité que l’auteur évoque la maladie et la mort, inspiré par une superbe chanson traditionnelle réunionnaise popularisée par la Famille GADO, Les Vies que l’on mène, qui donne son nom à l’album. Pour la première fois, les deux frères HAMON chantent ensemble et rendent d’autant plus émouvant ce bel et vibrant hommage “aux êtres chers qui nous ont quittés”.

Le quintet réaffirme ses positions antimilitaristes déjà mises en évidence dans l’album précédent avec un célèbre traditionnel dont les derniers couplets sont de Boris VIAN, Le Déserteur et avec Le Prisonnier, chanson écrite et composée par Boris VIAN. Une enivrante scottish instrumentale est dédiée à la salle qui les a accueillis pour préparer l’album, L’Étang Moderne.

Pour la première fois, Mathieu HAMON chante en breton sur un kost ar c’hoad orné d’un très beau texte (traduit dans le livret) écrit spécialement pour lui par Marthe VASSALLO, Ur bed nevez. Et, après un brillant raga (L’Autre Jour) quelques années plut tôt sur l’album Les Métamorphoses, c’est sur un air indien composé par son frère que le chanteur essaye sa voix d’or, avec un poème de Victor HUGO, Rose, en duo avec Prabbu EDOUARD aux tablas. Un chant soufi instrumental arrangé par le quintet, Sheikh Ahmad-E Jâm, vient s’enchaîner tout naturellement après ce duo intense et ferme l’album de brillante manière.

HAMON MARTIN QUINTET, qui fait partie depuis ses débuts des groupes qui ont révolutionné la musique des festoù-noz avec leurs arrangements aussi fins et virtuoses que la dentelle des coiffes bretonnes, réaffirme dans Les Vies que l’on mène à la fois son esprit militant et son intérêt pour le voyage à travers les musiques du monde, et s’affirme dans la composition de belles mélodies pour des chansons de concert. Ce disque intense et plein d’émotion est une grande réussite.

Sylvie Hamon

CD en vente sur le site : http://duohamonmartin.com/

Ecouter sur Deezer : https://www.deezer.com/fr/album/98410812

 

 

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